Royal Caveau Liégeois

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Glossaire Wallon

(pour bien lire les poésies de ce recueil en wallon liégeois)

Kékès régues

(po bin lére lès rîmês di ç’ rèkeûy chal è walon d’ Lîdje)

 (par Armand Herbeto, solidement appuyé sur l’ouvrage « Qué novèle ? » Apprendre le wallon liégeois, Volume 1, de l’excellent Baptiste Frankinet, aux éditions de la Province de Liège)

 

L’écriture (li scriyèdje)

  • en fonction de la position d’un mot dans une phrase et de la difficulté de prononciation, on trouve fréquemment l’élision d’une voyelle, le plus souvent un « e » ou un « i », à l’intérieur d’un mot. Le français parlé utilise aussi l’élision, mais le français écrit, peu. Le wallon se montre plus logique en faisant le plus souvent possible coïncider l’écrit avec le parlé. On indique l’élision par une apostrophe « » (à ne pas confondre avec la minute «´») : li lèddimin (le lendemain), dner (pour diner, donner), on ptit valèt (pour pitit, un petit garçon), i fåt rlére sins si dlouhî (pour rilére et dilouhî, il faut relire sans se décourager).
  • attention aux changements d’accents entre le français et le wallon : mon père devient mi pére, Thérèse devient Tèrése, siècle siéke, Pierre Piére, évêque èvèke, frère fré, fête fièsse, etc. Quand vous lisez du wallon, il faut rester attentif à ce qui est écrit afin de ne pas se laisser entraîner par les habitudes de lecture en français.
  • le plus souvent, le son « é » s’écrit simplement « é». Mais par analogie au français, on le retrouve aussi sous les formes « ez» lorsqu’il s’agit de conjuguer certaines deuxièmes personnes du pluriel mais aussi « er » pour certaines terminaisons d’infinitifs.
  • jamais de phonèmes « ai », « aî » ou « ei » ; pour cette graphie, on écrit toujours « è» ou « ê» selon la longueur : kéle afêre (quelle affaire), lêd (laid), plêre (plaire), li mêsse (le maître), on rètchon (un crachat), ine hanterèye (des fiançailles), etc.
  • grâce au wallon, simplifions :

– le son « an » s’écrit toujours « an », sauf devant « b » ou « p » où, par analogie au français, il s’écrit « am » : dimander (demander), anfin (enfin), serdjant ou sordjant (sergent), ajant (agent), tchambe (chambre), etc.

– le son « in » s’écrit toujours « in » sauf devant « b » ou « p » où il s’écrit « im » : ine min (une main), mès rins (mon dos), li tins (le temps), mi pårin (mon parrain), in-ègzamin, (un examen), on simpe timbe (un simple timbre), on mimbe (un membre), etc. Exit donc les « ain », « ein », « aim », « ym » et autres « en ».

– idem pour le son « on » ou « om » : on pont (un pont ou un point), on bon balon (un bon ballon), amon (chez), ine ombe (une ombre), on colon (un pigeon), on minton (un menton), rompe (rompre), etc.

     – le son « un », rare en wallon, s’écrit toujours « un » : li meûs d’ djun (le mois de juin), comun (commun).

  • mais attention, quelquefois il ne faut pas prononcer le phonème « an », « in », ou « on », mais bien les lettres séparémant et particulièrement la consomme finale. Dans ce cas, l’usage de la minute s’impose : on man´daye (un homme à tout faire), fé dès-an´tchous (faire des manières), chaskeun´ (chacun), ine an´dîve (un chicon). De même, on utilisera la minute, afin d’éviter toute confusion, lorsque le wallon impose de composer la consomme finale là où un mot français équivalent et ressemblant la tairait : « li song´» (le sang), « tro» (trop), « li nu » (la nuit), « li brè » (le bras), etc.
  • contrairement au français, il n’existe pas de redoublement inutile des consonnes en wallon. Lorsque l’on en rencontre, c’est que la première consonne appartient à un son et que la deuxième doit être prononcée séparément : ine dozinne di vonnes (une douzaine de veines), dèl linne (de la laine), ine bone saminne (une bonne semaine). Cette règle est importante car elle permet d’éviter des erreurs de sens : èminer (emmener) n’est pas èminné (empoté) et soner (sonner) n’est pas sonner saigner).
  • simplifions encore : une seule façon d’écrire « f» en wallon, exit donc aussi le « ph ». On farmacyin, c’ è-st-in-apoticåre (un pharmacien, c’est un apothicaire).
  • en wallon, la lettre « x » n’existe pas. On l’écrira, selon l’équivalent de sa prononciation française, soit « gz», soit « cs» : in-ègzimpe èt dès ègzèrcices po lès-ègzåmins (un exemple et des exercices pour les examens), on bocs(un boxeur), Alègzande (Alexandre que l’on appellera plus familièrement Zande), Macsime (Maxime), etc.

De même, en wallon, on écrira « s », ou « c » entre deux voyelles, là où on l’écrit différemment en français : ine acsion (une action), acsidinté (accidenté), lès acsîses (les accises), éducåcion (éducation), pacyince (patience).

  • les « », « k» et « qu» ont la même valeur qu’en français : èco dè cûr (encore du cuir), clawer (clouer), cafè (du café), keûse (coudre), kibin (combien), ine cloke (une cloche), loukî (regarder), on nouk (un noeud), kî ou quî (qui), ki ou qui (que). Par analogie, l’utlilisaion des « qu » est donc acceptée mais je trouve qu’ils compliquent un peu la lecture en wallon et ils sont avantageusement remplacés par les deux premiers : on cok (un coq) plutôt qu’« on coq », cwinze (quinze) plutôt que qwinze, scwére (équerre) plutôt que sqwére, catwaze (quatorze) plutôt que quatwaze, ki plutôt que qui, etc. Même valeur aussi pour « g » et « gu », « j » et « gn » : ine gayoûle (une cage), dès trigus (des détritus), li guére (la guerre), mi p’tite gueûye (ma petite gueule), ine jate (une tasse), in-ognê (un agneau).
  • et, pour terminer en beauté, simplification suprême : en wallon, le participe passé employé avec l’auxiliaire « aveûr» ou « avu » (avoir) est … TOUJOURS invariable ! Ouf !

Notons au passage qu’ici « avu » se prononce « avou » afin de ne pas le confondre à la lecture avec « avou » (avec).

 La lecture (li léhèdje)

 

  • le « e » sans accent est toujours muet. Lorsque le wallon nécessite qu’on prononce le son « e », on écrira « eu» : mi feume d’ a meune (ma femme à moi).
  • les accents ont la même valeur qu’en français, mais ont davantage d’importance en ce qui concerne la prononciation : « ^», par exemple, indique que la voyelle ou le phonème ainsi désigné doit vraiment être prononcé longuement. Ce qui permet de ne pas confondre «nou » (nu) et « noû » (neuf), « mi » (moi) et « mîs » (mieux), « sot » (sot) et « sô » (saoul), « li messe » (la messe) et « li mêsse » (le maître), etc. Et remarquez ici l’importance particulière de l’emploi du bon accent et de sa bonne prononciation : « i fêt » (il fait) et « i fèt » (ils font) !
  • les traits d’union «- » entre les mots indiquent une liaison nécessaire : lèsèfants, vosîrez.
  • pour rappel, la minute « ´» indique qu’il faut prononcer la consonne finale d’un mot que l’on risquerait sinon d’assimiler à un mot français équivalent où cette voyelle ne se prononce pas: « li nut´» (la nuit), « trop´ » (trop).
  • de même, si le « o» se prononce tel qu’en français, la seule façon d’écrire le phonème « au » en wallon est « ô» : tchôd (chaud), ôle (huile), prôpe (propre), rôbe (robe). Exit donc « au » et « eau »
  • dans la même logique de l’importance de la longueur et de la brièveté des sons, il convient de ne pas confondre la prononciation de li comeune (la commune), c’ èst d’ a meune (c’est à moi), li feume (la femme) – en prononçant bien « e » comme expliqué ci-dessus – et celle de ds crs (deux croix), ine tle (une toile), ine grohr (une grosseur), on labr (un labour).
  • caractéristique du wallon liégeois, il existe un accent inconnu du français et même des autres formes linguistiques wallonnes : le « å» (a avec rond en chef ou « a botroûle») qui se prononce entre le « a » et le « o » comme dans le « hall » anglais ; il se prononce longuement ( un peu, du point de vue de la longueur, comme le « â », fièrement lancé tel quel à Seraing entre autres) : ine cråsse tåte (une tartine grasse, épaisse), li håle di m’ pårin (l’échelle de mon parrain), in-årmå (une armoire), li tåve (la table), etc.
  • en principe, la consonne « s», seule ou doublée, « ss», se prononce toujours telle quelle : asteûre (maintenant), li tchèsse (la chasse), k’ i vinse (qu’il vienne), ine banse (une manne d’osier). Il arrive donc qu’on lui adjoigne une minute « ´ » en fin de mot afin d’indiquer qu’elle doit être prononcée : li gos´ (le goût), li tos´ (la toux), on lodjis´ (un logis). À nouveau par analogie au français, on utilisera le « ç » dans les mêmes conditions : çou (ce), çoula (cela), ine çon (une leçon que l’on peut aussi écrire ine lèsson), riçûre (recevoir). Alors que le « z » se prononce aussi tel quel, comme dans cåzî (presque), il est à noter que « s » se lira « z » comme en français entre deux voyelles comme dans li sîse (la soirée) et en cas de liaison indiquée par un tiret : s-èfants (les enfants).

Mais à l’inverse, dans quelques cas, la lettre « z », maintenue à nouveau par analogie au français, doit se prononcer « s » comme dans doze (douze), catwaze (quatorze), saze (seize).

  • les sons « tch» et « dj» sont fréquemment utilisés en wallon et se prononcent aisément tels quels : on tchèt èt on tchin (un chat et un chien), on bètch (un bec), dès tchîtchêyes, (des futilités), ine imådje (une image), ine djambe (une jambe), èdjalé (gelé), etc.
  • venons-en au fameux « h» liégeois, une de nos fiertés régionales ! La règle est simple : quand il est écrit, on le prononce (c’est ce qu’on appelle le « h » aspiré). Ici, sa particularité fait qu’il n’y a ni confusion, ni complication possible avec le français : honnête, où le « h » ne se prononce pas en français, se dit et s’écrit ognèsse, de même pour in-ome (un homme), l’eûre (l’heure), etc. Pas non plus de prononciation type chorale qui se dit et s’écrit coråle : en wallon « ch» se prononce exclusivement « ch ». Par contre, partout on le rencontre, et quelle que soit sa place dans le mot, notre brave « h » liégeois DOIT être prononcé ! L’ ouh (la porte), h (six), ine mohe, (une mouche), ahècî (accomoder), i finih (il finit), ki dj’ avahe (que j’eusse),… N’hésitez pas à insister, mieux vaut un peu trop de « h » que pas assez ! Vola pocwè k’ on-z-èst fîrs d’ èsse Lîdjwès !

Notons que la graphie « xh », quoique typiquement liégeoise, provient d’une transcription wallonne très ancienne et doit toujours se prononcer « h » dans tous les cas, d’autant que depuis, le « x » a disparu de l’alphabet wallon. Si on le prononce encore souvent « x » en français, c’est par méconnaissance de son étymologie. Ne vous trompez plus : on va boire un verre à la terrasse de chez (d’ amon) Randahe et pas de chez Randacse.

  • une fois de plus par analogie au français, il existe toute une série de consonnes finales qui ne se prononcent pas soit parce qu’elles sont muettes en français : long (long), bwérd (bord), sôdard (soldat), on tchôd deût (un doigt chaud), påhûl’mint (tranquillement), li tchamp (le champ), li tchant (le chant), li leûp (le loup), etc ; soit parce qu’elles correspondent en français à la marque d’un pluriel ou d’une conjugaison : lès tchèyîres (les chaises), lès èfants

, où l’on ne prononce ni le « t ni le « s », (les enfants), vos ridez (vous glissez), vos tchantîz (vous chantiez). Et si le wallon exige que l’on prononce une consonne finale, on l’indiquera, comme déjà vu plusieurs fois, par l’adjonction d’une minute à sa suite : li nut´ (la nuit), on måva tos´ (une mauvaise toux), dès çans´ (de l’argent), etc.

  • simplifions encore. Contrairement au français, le wallon ne redouble jamais inutilement les consonnes : s’il le fait, c’est qu’il convient de les prononcer toutes les deux. Donc : ine malète (une mallette), lès gngnos (les genoux), li lèd’dimin (le lendemain), å-d’-divant (au devant), notre fameux ènnè ou ènnou nnè ou même nn (en), avec ses élisions selon la présence de voyelles placées devant et/ou derrière, etc. Notez bien : èle m’ aveût promètou (elle m’avait promis) où l’on ne prononce qu’un « l» à cause de la consonne (m) qui suit, mais èlle aveût promètou (elle avait promis) où l’on prononce les deux « ll» à cause de la voyelle (aveût) qui suit. Et reportez-vous ci-dessus pour bien lire l’ annêye (l’année).
  • le trait d’union nous aide à repérer les nombreuses liaisons qu’apprécie le wallon : s-åbes (les arbres), cint-ans (cent ans), s-oûy (les yeux).

Le wallon va également avoir un fréquent recours à des consonnes entourées de traits d’union qui vont adoucir la prononciation : i-n-a ’ne sakî ou même i-gn-a (il y a quelqu’un), mais aussi N-a-t-i ’ne sakî ? (Il y a quelqu’un ?), Va-t-i m’ni ? (Va-t-il venir ?), on-z-a-st-avu bon, dist-i (on s’est bien amusés, dit-il).

Notons que dans son envire de rendre sa langue plus coulante, plus gouleyante, plus « paresseuse » diront certains, le Wallon a parfois tendance à adoucir certaines consonnes, indépendamment de ce que l’écriture voudrait : èlle a ’ne noûve tchimîhe (prononcez « noû », elle a une chemise neuve), dès longuès vôyes (prononcez « lonkès », de longs chemins), dès grandès gueûyes (prononcez « grantès », de grandes gueules), etc. Mais cela, vous l’apprendrez surtout à l’oral, en parlant et en entendant parler le wallon.

Le langage (li lingadje)

  • En wallon, le vouvoiement est d’usage, comme une marque de respect, même lorsque l’on s’adresse à ses amis, ses parents ou même ses enfants. Le tutoiement est généralement considéré comme vulgaire, grossier, déplacé et/ou agressif selon les circonstances.
  • Le masculin et le féminin wallons ne correspondent pas toujours au français. Par exemple, on dint (une dent) et in-årmå (une armoire) sont masculins.
  • L’utilisation des auxiliaires être et avoir est mieux codifiée qu’en français : èsse (être) est considéré comme l’auxiliaire d’état et aveûr ou avu (avoir) comme celui d’action. On dira dj’ a toumé (je suis tombé) mais dji so toumé si l’on est toujours étalé par terre. Même si la mentalité wallonne réserve quelques surprises aux francophones que nous sommes devenus : pour les Wallons, le fait d’éprouver du bonheur ou du plaisir est une action ! On connait le célèbre dj’ a bon (je suis heureux, j’éprouve du plaisir) et dj’ a-st-avu bon (j’ai été heureux, j’ai eu du plaisir).
  • L’adjectif précède le nom qu’il qualifie. Il s’agit là d’un des aspects les plus caractéristiques de la syntaxe wallonne. On dira ine rodje mohone (une maison rouge), ine cwårêye tièsse (une tête carrée),neûr fi (du fil noir), dès bleûs côps (des coups bleus), on houlé dj’vå (un cheval boîteux), etc.